IRCP
Institut des Récifs Coralliens du Pacifique
EPHE

Quand un marae des Tuamotu donne son nom à une diatomée 

Article adapté d’une publication dans Phytotaxa (avec l’accord de Dr Paul Hamilton, éditeur associé) : Riaux-Gobin, C., Witkowski, A., Jordan, R.W., Parravicini, V. & Planes, S. 2018. Cocconeis kurakakea, a new diatom species from Nukutavake (Tuamotu Archipelago, South Pacific): description and comparison with C. diruptoides and C. pseudodiruptoides. Phytotaxa


Les diatomées : un des premiers maillons de la chaîne alimentaire !

Cet article relate la découverte d’une nouvelle diatomée, associée aux récifs coralliens de l’Archipel des Tuamotu lors d’une expédition scientifique Tara Pacific. Les diatomées sont des micro-algues marines unicellulaires ayant des pigments bruns. Certaines d’entre-elles sont benthiques (elles ont besoin d’un support pour se développer) et vivent à peu près sur tous les supports possibles : sables coralliens et autres sédiments peu profonds, peau des cétacés, carapace des tortues, macro-algues ou rochers bénéficiant des embruns et des vagues, etc. D’autres micro-algues sont libres dans les masses d’eau et forment le phytoplancton. Comme toutes les algues, les diatomées sont capables de réaliser la photosynthèse, cette transformation de l’énergie lumineuse en matière organique. Ce phénomène fait des diatomées un des premiers maillons de la chaîne alimentaire. Par ailleurs, la photosynthèse due à ces micro-algues (en particulier le phytoplancton qui peuple les océans) produit un quart de l’oxygène de notre planète, d’où leur importance ! Les diatomées sont les seuls organismes unicellulaires à posséder une sorte de coque externe ou « frustule » (nom scientifique de cette structure de silice), formée de deux valves. Le frustule possède des ornementations aux formes et détails pouvant les apparenter à de véritables bijoux, qui sont propres à chaque espèce.

Exemple de diatomées vues au microscope (Microscope électronique à balayage. Photo : C. Riaux-Gobin)

Atoll de Nukutavake, l’atoll aux trois marae

La nouvelle diatomée a été récoltée lors d’une plongée peu profonde sur la pente externe de Nukutavake, petit atoll comblé des Tuamotu (5,2 km de long, 1,3 km de large) à l’est de l’archipel.

Archipel des Tuamotu, position et détail de l’atoll comblé de Nukutavake et du point de prélèvement de la diatomée (NTV A1) sur la pente externe au nord de l’atoll.

Une grande partie de l’île est occupée par une cocoteraie et elle possède plusieurs marae. “Marae” est un terme Maori désignant un espace sacré servant aux activités cultuelles, politiques et sociales dans les cultures polynésiennes pré-colonisation. Le caractère religieux et sacré de ces lieux était très prononcé. Le marae était un lieu où se faisait le lien entre les hommes, les ancêtres et les dieux. Le marae est en général une surface rectangulaire en dalles de corail ou de basalte, bordé de pierres hautes ou de bois. Ces constructions, plus ou moins complexes, comportaient parfois une pierre dressée et des marae secondaires. De tels édifices existaient dans toutes les cultures polynésiennes (Nouvelle Zélande, îles Cook, Polynésie française, Tonga, Samoa et Hawaï).

Le plus important marae de l’atoll de Nukutavake était le marae Kurakakea, situé au centre du village de Tavavanui. Ce marae a été détruit lors du cyclone de 1983. L’archéologue Tamara Maric note en 2010 que “l’atoll de Nukutavake comportait trois marae [Ahutu, Havaiki et Kurakakea], il y avait donc trois chefs”. Elle indique également que Nukutavake était le “rahui” (zone de gestion traditionnelle des ressources permettant le renouvellement des espèces) de l’atoll Vahitahi, plus grand, situé à 57km au nord.

“Tara Pacific 2016-2018” et biodiversité

Goélette scientifique Tara (Photo : F. Latreille)

Construite à l’initiative de Jean-Louis Etienne en 1989, cette goélette a sillonné tous les océans, avec pour but principal la défense de l’environnement. “Tara Pacific (2016-2018)est la quatrième expédition scientifique, dédiée aux récifs coralliens et permettant d’enquêter sur les menaces auxquelles ils doivent faire face (changement climatique et activités humaines).

En 2016 plusieurs atolls des Tuamotu ont été étudiés : Nukutavake, Haraiki, Vairaatea et Vahitahi. Les études ont concerné, entre autres, la diversité spécifique des poissons coralliens, mais également celles des diatomées benthiques présentes dans la zone bathymétrique bénéficiant de l’énergie lumineuse. Aucune étude des diatomées n’avait jusqu’alors été menée sur ces atolls des Tuamotu, alors que Napuka, un atoll du nord de l’archipel, avait fait l’objet d’une mission scientifique en 2012 (Riaux-Gobin et al. 2014, 2015). Les quatre atolls sont peu impactés par les activités humaines (très peu d’habitants, petit aérodrome uniquement à Nukutavake et Vahitahi, coprah comme ressource principale). Les îles du Pacifique sans cocotiers (dont l’implantation peut être fortuite, mais le plus souvent d’origine humaine) sont rares ; cependant, les quatre atolls cités sont des secteurs du Pacifique Sud relativement préservés, permettant d’appréhender la biodiversité côtière actuelle des Tuamotu, sorte de point zéro avant toute évolution des atteintes ou impacts anthropiques ou climatiques.

Cocconeis kurakakea sp. nov.

Des plongées sous-marines effectuées par des chercheurs du CRIOBE sur les pentes externes des atolls Nukutavake, Haraiki, Vairaatea et Vahitahi ont permis la récolte de sédiments coralliens peu profonds et de macro-algues. Grace au microscope électronique à balayage (MEB) de l’Université de Perpignan et au microscope optique, les assemblages présents sur chaque atoll ont pu être étudiés en détail.

Parmi les diatomées observées dans ces prélèvements, certaines sont déjà répertoriées dans des atolls ou îles du Pacifique Sud, alors que d’autres sont retrouvées dans des bassins océaniques éloignés (comme aux Mascareignes ou à Madagascar) avec très peu ou aucune différence morphologique, prouvant qu’elles sont cosmopolites, communes à plusieurs parties du monde.

Une diatomée observée pour la première fois à Nukutavake, épiphyte (vivant sur une macro-algue), a particulièrement retenu l’attention de Catherine Riaux-Gobin, chercheur CNRS au CRIOBE, spécialiste des diatomées : « nous l’avons nommée Cocconeis kurakakea en référence au plus grand marae Kurakakea de Nukutavake. Cette nouvelle espèce appartient au genre Cocconeis (Ehrenberg), genre caractérisé en particulier par le fait que les deux valves de son frustule sont différentes. Ces diatomées vivent très souvent en épiphytes, sur des macro-algues, sans pour autant parasiter la macro-algue. Cocconeis kurakakea est une espèce excessivement petite (en moyenne 15 µm de long pour 5 µm de large) que seule la microscopie électronique à balayage (MEB) permet de caractériser ». (1 micron ou 1 µm = 0,001 millimètre)

Illustrations des deux valves de Cocconeis kurakakea sp. nov. Barre d’échelle 2 µm (MEB, Photo : C. Riaux-Gobin)

Endémisme local

La description de cette nouvelle espèce permet quelques remarques générales sur les assemblages micro-algaux rencontrés dans les Tuamotu. Les diatomées benthiques ne sont pas les micro-végétaux dominants dans les atolls, qui sont des environnements carbonatés. Les dinoflagellés (autres micro-organismes, qui possèdent des flagelles pour se déplacer) y sont plus abondants. Cependant la diversité spécifique des diatomées est élevée aux Tuamotu, comme déjà démontré lors de travaux réalisés ou en cours à Napuka, Takaroa et Takapoto. Les échantillonnages effectués lors de l’expédition “Tara Pacific 2016-2018” confirment cette remarque, avec la description de cette nouvelle espèce, Cocconeis kurakakea. Cette découverte renforce l’idée d’un endémisme local (des espèces inféodées à un secteur bien particulier d’un bassin océanique et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs) pour certaines diatomées du Pacifique Sud. Mieux connaître les espèces de diatomées et leur distributions permet de mieux comprendre les impacts que les changements climatiques ont ou vont avoir sur ces organismes essentiels à toute la chaîne alimentaire, nous compris.

Remerciements

Nous remercions chaleureusement l’équipage de “Tara Pacific”, Yonko Gorand pour son aide au microscope électronique (C2M, Université de Perpignan) et Genowefa Daniszewska-Kowalczyk (Palaeoceanology Unit, 70-383 Szczecin, Poland) pour la préparation du matériel. Nous remercions également la NASA-Johnson Space Center, comme source de la carte de Nukutavake, Dr Paul Hamilton (Phytotaxa, éditeur associé) pour l’autorisation à faire paraître cet article de vulgarisation, Air Tahiti Nui et le CNRS-USR 3278Labex CORAIL pour avoir soutenu cette étude.

 

Article rédigé par Catherine Riaux-Gobin avec l’aide de René Galzin

L’île de Moorea perd ses plages

Depuis 1993 ans, les chercheurs du CRIOBE étudient le trait de côte de l’île de Moorea. En 25 ans, l’île a perdu 20% de ses plages de sable.

Deux raisons avancées pour la perte des plages :

  • la construction de remblais et d’épis qui favorisent l’érosion des zones sableuses
  • le piétinement constant sur les plages restantes qui entraîne un affaissement des sols

Etude soutenue par l’EPHE-PSL et l’Agence de l’eau (Rhône Méditerranée Corse)

Article paru dans la dépêche du 19 novembre 2018

Bourses pour des travaux d’anthropologie marine en Polynésie française

Matthew Lauer, professeur à San Diego State University (Département d’anthropologie), bénéficie actuellement d’une bourse d’une durée de 4 ans du programme NSF-Coupled Natural Human Systems (CNH) pour financer plusieurs étudiants en maîtrise en anthropologie marine en Polynésie française. Il s’agit d’un projet interdisciplinaire passionnant auquel participent des scientifiques de Moorea Long Term Ecological Research.

Une partie du projet est une initiative scientifique citoyenne dans le cadre de laquelle les pêcheurs font le suivi de leurs activités de pêche à l’aide de téléphones intelligents équipés d’un GPS.

Un autre volet du projet comprend un effort conjoint de surveillance par les scientifiques du milieu marin et les pêcheurs, dans le cadre duquel ils surveillent et produisent en collaboration des connaissances sur le lagon afin d’aider à la gestion du milieu marin.

Appel à candidatures pour des étudiants de premier cycle qui sont intéressés à poursuivre une maîtrise en gestion des ressources marines, en pêche, en écologie humaine ou en sciences et technologie.

Veuillez envoyer un CV (en anglais) à Matthew Lauer à mlauer@sdsu.edu.

Vous trouverez plus d’informations sur son projet NSF ici : https://lauer.sdsu.edu/research.html ainsi que des informations sur le programme de maîtrise à SDSU : https://anthropology.sdsu.edu/graduate/index.html

 

Les coraux ont l’oreille sensible

Les coraux ont l’oreille sensible

Pour la première fois au monde, une équipe de chercheurs du CRIOBE (F. Bertucci, L. Hédouin, M. Nugues & D. Lecchini) et de l’Université de Liège (E. Parmentier) ont mis en évidence que le corail « entend » ! Bien que sans oreille, le corail réagit à son environnement sonore, et peut même montrer une préférence pour un environnement sonore plutôt qu’un autre.

Le Corail, élément de base des récifs coralliens

Comprendre la relation entre l’état de santé des récifs, la pression humaine et le potentiel de survie des coraux est vital pour une gestion efficace des récifs coralliens et de la biodiversité qu’ils abritent. Le corail est la structure de base des récifs coralliens et l’habitat de presque 30% de la biodiversité marine. Sans corail, il n’y aurait pas de récifs. Animal qui se reproduit, comme l’Homme, par reproduction sexuée, le corail émet des œufs dans l’océan qui donnent ensuite naissance à des larves (bébé corail). Après un début de vie dans l’océan, ces larves doivent venir s’installer sur un récif (phase appelée « de recrutement »). Ce retour des larves vers le récif est permis, entre autres, par l’odeur émise par des algues corallines encroûtantes (Coral crustose algae ou CCA en anglais), où les coraux trouvent un lieu propice à leur croissance.

Bébé corail (au centre, en jaune pâle) posé sur une algue coralline encroûtante (en rose)

 

Les coraux ont de l’oreille

Jusqu’à présent, l’influence des signaux sonores chez les bébés coraux étaient méconnus. Or, les paysages acoustiques sous-marins ont déjà démontré leur rôle crucial lors du recrutement des jeunes poissons coralliens (voir le Thalassa « 50 nuances de bleu » d’Octobre 2017). Les larves de poissons préfèrent les récifs en bonne santé, plus bruyants que les récifs en mauvaise santé (car composé de plus d’espèces qui font du bruit, comme les crevettes ou les poissons demoiselle). Qu’en est-il des jeunes coraux ? Dans une récente étude, un regroupement international de chercheurs provenant de Polynésie française (CRIOBE/EPHE-CNRS-PSL), de France (Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon, Ecole Normale Supérieure), des Etats-Unis (University of Delaware), des Fidji (University of South Pacific) et de Belgique (Université de Liège) a testé l’importance des signaux sonores dans la sélection de l’habitat de deux espèces de coraux communes dans l’Indo-Pacifique (le corail chou-fleur Pocillopora damicornis et le corail branchu Acropora cytherea). Les bébés coraux ont été exposés à différents sons : ceux de récifs coralliens situés en aire marine protégée (AMP – son bruyant et diversifié) et ceux de récifs coralliens non protégés (peu de son et de diversité). Le résultat est clair : Les bébé coraux, comme les bébés poissons, nagent vers l’AMP !

La nuisance sonore perturbe les larves de coraux

Un autre résultat de l’étude porte sur l’impact de la pollution sonore des récifs sur les jeunes coraux. Depuis longtemps, l’augmentation du bruit généré par les activités humaines (provenant principalement des moteurs de bateaux) est connue pour avoir un impact négatif sur les mammifères marins (stress, désorientation, problème de communication entre individus, échouage et mortalité) et sur les poissons coralliens, perturbant en particulier le retour et l’installation des larves dans les récifs. Dans la présente étude, les scientifiques ont proposé aux bébé coraux d’aller soit vers une CCA placée dans un récif soumis au bruit de moteur de bateau soit vers un CCA morte dans un environnement calme. Le constat est inquiétant : les larves préfèrent éviter la nuisance sonore au point d’aller s’installer sur la CCA morte ! Ce résultat confirme l’impact négatif des perturbations sonores, qui empêchent les organismes marins de détecter et de sélectionner un habitat optimal, le plus propice à leur survie.

Optimiser les stratégies de gestion à venir

A l’instar des mammifères marins ou des poissons, les coraux sont capables de percevoir les sons qui les entourent et de réagir en fonction d’eux. Et comme eux, lorsque l’environnement devient trop bruyant, leur capacité de reconnaissance du milieu et leur orientation sont impactées. Cela diminue leur chance de survie. A la lumière de ces observations, les chercheurs conseillent donc de prendre en compte les questions de paysages acoustiques et en particulier le bruit des activités humaines dans le développement de futures stratégies de gestion qui viseraient à augmenter le recrutement des larves dans les récifs coralliens.

Lecchini D., Bertucci F., Gache C., Khalife A., Besson M., Roux N., Berthe C., Singh S., Parmentier E., Nugues M.M., Brooker R.M., Dixson D.L. & Hédouin L. (2018) Boat noise prevents soundscape-based habitat selection by coral planulae. Scientific Reports, volume 8, Article number: 9283 (2018).

 

PSL 1ère université française à accéder au top 50 du Times Higher Education 2019

« PSL prend la 41e place du classement mondial du Times Higher Education, permettant ainsi à la France de réintégrer le top 50 mondial des universités.

Pour la deuxième année consécutive, PSL figure dans le classement global du Times Higher Education (World University Ranking). En progression de 31 places, l’université est classée 41e sur les 1250 établissements recensés dans le monde ; elle figure parmi les 8 premières universités d’Europe continentale et pointe à la première place des universités françaises. Elle est désormais au coude à coude avec des universités de renommée mondiale telles que le King’s College de Londres, McGill au Canada, l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne ou l’Université de […]. »

[suite de l’article sur psl.eu]

Status et évolution des récifs coralliens dans le Pacifique

Nouvelle publication du GCRMN!
Status et évolution des récifs coralliens dans le Pacifique
Edité par Charlotte Moritz, Jason Vii, Warren Lee Long, Jerker Tamelander, Aurélie Thomassin, Serge Planes

Cliquer sur l’image pour accéder au rapport

Le rapport Status and Trends of Coral Reefs of the Pacific, publié en Septembre 2018 est le premier de la sorte pour le Pacifique et le troisième de la série des rapports du Global Coral Reef Monitoring Network (GCRMN) dédiés à décrire l’état et l’évolution des récifs coralliens du monde entier. Pour le Pacifique, presque 20 000 suivis de 128 îles couvrant 19 pays ou territoires ont été collectés et analysés. Ce que l’analyse met en évidence pour la région Pacifique, à l’instar du reste du monde, c’est que ses récifs coralliens sont en train de changer. Les coraux dominants ne le sont plus et les poissons herbivores sont en déclin. Mais ce changement à l’échelle régionale n’apparaît souvent pas dans les observations faites à l’échelle locale, comme c’est le cas pour des événements de stress aigus tel que le blanchissement corallien ou les invasions d’étoiles épineuses Acanthaster. C’est peut-être une bonne nouvelle. La dynamique locale, propre à l’île, suggère que les mesures de gestion à l’échelle locale peuvent aider à atténuer les effets inévitables du changement planétaire, du moins dans un avenir proche. Les récifs coralliens du Pacifique sont dynamiques et leur rétablissement est susceptible de se produire rapidement. Dans un moment de pessimisme pour les récifs coralliens, ce dernier rapport démontre que les récifs du Pacifique sont les meilleurs systèmes de récifs coralliens au monde et qu’ils fournissent des leçons et de nombreuses raisons de garder espoir pour l’avenir des récifs dans le monde.

https://www.icriforum.org/news/2018/09/just-released-status-and-trends-coral-reefs-pacific

MANEA : Inscriptions 2018

L’aventure ENSAD continue en 2018 sous son nouveau nom : MANEA. « Manea » signifie en polynésien «  celui qui sait ».

MANEA est une plateforme d’enseignement gratuite avec plus de 80 films, TP et TD filmés en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie, Australie, et ailleurs dans le monde pour offrir un enseignement de qualité sur la biodiversité et la Conservation des récifs coralliens à tous ceux qui le souhaitent (étudiants en Master, thésard, post-doctorat, Diplôme, et formation continue). L’accès à la plateforme de MANEA est gratuite. Nous offrons 5 unités d’enseignements (voir le plan détaillé sur : https://manea.criobe.pf/moodle/). Chaque unité correspond à 30h de cours/TD/TP.

* UE 1 : Le CRIOBE et ses directeurs
Historique du centre et de la recherche dans le milieu corallien depuis 1971 au travers de la vision de ses trois directeurs.

* UE 2 : Introduction aux récifs coralliens : Hotspot de biodiversité
Cours apportant les connaissances de base en biologie et écologie des écosystèmes tropicaux. A approfondir avec les UE suivantes. Ces cours sont principalement destinées aux étudiants de Master 1, Diplôme EPHE-SVT et formation continue.

* UE 3 : Biodiversité, Biologie, Ecologie des récifs coralliens face aux changements climatiques
Approfondissement de concepts importants dans les milieux tropicaux, tels que la biodiversité ou la biogéographie. Cours détaillés sur le cycle de vie de nombreux organismes marins (coraux, poissons, tortues, mollusques, crustacés, algues) et les problématiques liées aux changements climatiques. Ces cours sont principalement destinées aux étudiants de Master 2, Diplôme EPHE-SVT, doctorants, post-doctorants et formation continue.

* UE 4 : Pêche, Gestion et Conservation des récifs coralliens dans les pays insulaires de l’Indo-Pacifique
Cette UE permet de mettre les connaissances acquises grâce aux UE précédentes dans un contexte socio-anthropologique. On ne peut retirer l’humain de cet environnement, il faut l’inclure dans les études écologiques. La pêche et les services écosystémiques sont ici abordés. Ces cours sont principalement destinées aux étudiants de Master 2, Diplôme EPHE-SVT, doctorants, post-doctorants et formation continue.

* UE 5 : Taxonomie et Monitoring dans les récifs coralliens
Cette UE est transversale à toutes les autres, apportant une formation de terrain essentielle à toute étude dans les milieux coralliens. Suivi ichtyologique et benthique, identification de différents taxons, autant d’étapes nécessaires à la compréhension du milieu pour en amélioration la gestion et donc la conservation. Ces cours sont principalement destinées aux étudiants de Master 2, Diplôme EPHE-SVT, doctorants, post-doctorants et formation continue.

Si vous êtes intéressé(é) pour suivre ces cours : contacter David Lecchini (david.lecchini@ephe.sorbonne.fravant le 07 octobre 2018 en précisant quelle(s) unité(s) d’enseignement vous souhaitez suivre. Ces cours seront ouvert du 15 octobre au 16 décembre 2018.

Climat: 700 scientifiques français lancent un appel aux dirigeants

 

Face à l’urgence, mise en lumière cet été par une succession de catastrophes écologiques, 700 scientifiques français se mobilisent dans «Libération», exhortant les gouvernants français à passer de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone. D’autant que les solutions sont disponibles..

 

Lire la suite de l’appel dans le journal libération ici.

Une mémoire de poisson rouge, résultat inquiétant d’une étude sur l’effet des pesticides sur la mémoire des poissons

Une mémoire de poisson rouge

« Avoir une mémoire de poisson rouge », tout le monde connait cette expression qui signifie avoir peu de mémoire. En 2003, les studios Pixar ont créé Dory, un poisson chirurgien devenu célèbre pour ses « troubles de la mémoire immédiate », une défaillance de la mémoire à retenir des informations nouvelles, qui mènent souvent Dory dans des situations problématiques. Dans la réalité, qu’en est-il de la mémoire des poissons ? Des chercheurs du CRIOBE ont testé la mémoire de larves de poissons chirurgiens bagnard Acanthurus triostegus, qu’on retrouve en large bancs dans les lagons des îles tropicales. Les scientifiques ont voulu tester la capacité des jeunes individus (stade larve) à retenir une situation de danger, en particulier face aux attaques d’un prédateur, le poisson baliste Picasso, Rhinecanthus aculeatus.

Jeune poisson chirurgien bagnard ©C. Berthe

Ainsi, des larves du poisson-chirurgien ont été conditionnées pour apprendre à reconnaître le prédateur par l’odeur. Ces larves ont ensuite été mises en situation réelle de prédation, pour tester leur comportement de fuite, et cela après différentes périodes de temps afin d’évaluer la durée de leur mémoire. Les résultats ont montré que les larves mises en contact avec un prédateur, se souviennent de son odeur pendant 2 à 4 jours. Cela signifie qu’une larve exposée à cette odeur garde un comportement de fuite 4 jours après la première rencontre. Ce souvenir permet donc d’avoir de meilleures chances de survie.

Alors que l’on parle beaucoup des perturbateurs endocriniens (en particulier présents dans les pesticides), ces éléments qui dérèglent notre développement et affectent particulièrement les enfants en pleine croissance (capacités cognitives et neurologiques diminuées), qu’en est-il pour les habitants de nos océans, touchés eux aussi par ces perturbateurs (via les apports terrigènes lors de fortes pluies par exemple) ? Les chercheurs du CRIOBE ont souhaité approfondir l’étude sur la mémoire de « Dory » et connaître l’impact du chlorpyrifos, un pesticide largement utilisé dans l’agriculture en régions tropicales, sur la mémoire des larves de poissons chirurgiens. Sont-ils toujours capables d’utiliser leurs expériences passées pour échapper aux prédateurs ? Le résultat de l’étude est inquiétant : la mémoire des larves est complétement effacée dans un récif pollué par les pesticides et ces larves ne se rappellent plus l’odeur du prédateur, ce qui entraîne une diminution de leur  comportement de fuite.

Les poissons vivant dans les récifs coralliens ont généralement un cycle de vie complexe avec une phase larvaire océanique de quelques jours à quelques mois, suivie d’une phase récifale relativement sédentaire pour les juvéniles et les adultes. Dans les heures qui suivent ce retour dans les récifs, les larves se métamorphosent et doivent rechercher un nouvel habitat adapté au stade juvénile de l’organisme (phase de recrutement). Il est aujourd’hui largement admis que la taille des populations de poissons adultes est déterminée principalement par le succès de cette phase de recrutement. Ce succès se caractérise par la recherche d’un habitat de vie favorable et par la fuite en présence de prédateurs. Ainsi, selon les espèces, le taux de survie des larves pendant cette phase (qui peut durer 4-6 jours) varie de 10 à 40%. Cependant, ce succès du recrutement, donc le taux élevé de survie des larves, peut fortement diminuer selon l’état de dégradation des habitats coralliens et la pollution soit par des pesticides soit par des microplastiques pouvant affecter les capacités cognitives des jeunes poissons. Notre étude a démontré la perte de la mémoire des larves de poissons dans un récif corallien pollué par des pesticides. Cette perte de la mémoire expose d’avantage les larves de poissons aux différents prédateurs présents dans les récifs, augmentant le taux de mortalité des larves lors du recrutement. Si moins de larves sont capables de recruter dans les récifs, alors l’Homme aura moins de poissons adultes à pêcher pour sa subsistance.

En conclusion, alors que la perte de mémoire de Dory a fait rires des millions de spectateurs dans les salles de cinéma, dans la réalité, une telle perte de mémoire est en train de se produire dans les récifs coralliens du monde entier et pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les stocks de poissons. L’Homme ne peut pas vivre sans mémoire. Et de plus en plus d’études démontrent que c’est le cas de plusieurs animaux sur la planète (abeilles, oiseaux, etc.), dont dépend la survie de l’espèce humaine. Souvenez-vous-en !!!


Bertucci F., Jacob H., Mignucci A., Gache C., Roux N., Besson M., Berthe M., Metian M., Lecchini D., 2018. Decreased retention of olfactory predator recognition in juvenile surgeon fish exposed to pesticide. Chemosphere, vol. 208: 469-475

Bourses IRCP 2017 : Le mucus, cette couche superficielle aux mystérieuses fonctions

The proteome and molecular functions of the coral surface mucus layer and its role in coral ecology
Bourse IRCP  2017
Clinton A. Oakley, PhD, Victoria University of Wellington

Pellicule de mucus à la surface d’un corail porites

Résumé scientifique du projet : The coral surface mucus layer (SML) plays pivotal roles in coral physiology and ecosystem function, and is involved in physical protection of the coral colony, feeding, and immunity. Despite its importance, little is known about the molecular composition of the coral SML. We propose to use liquid chromatography-tandem mass spectrometry to characterize the proteome of the coral SML in order to identify the molecular functions of the SML proteins. An initial proteome will be analyzed using the ecologically important branching coral Acropora. To explore the role of the SML in coral functional diversity, mucus proteomes from multiple coral genera will be compared using label-free quantification, allowing us to investigate both the functional diversity among corals and the role of colony morphology on SML composition. The SML hosts a large number of highly diverse bacteria, and it has been proposed that these bacteria may be selected by the coral for their roles in coral feeding and immunity. We will analyze the coral SML proteome for proteins and peptides that play a role in bacterial community regulation and immunity. These datasets will expand our understanding of the role the coral SML serves in linking coral physiology and ecosystem function.

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Article La Dépêche Tahiti du 30/05/2018 –  Le mucus est une substance souvent visqueuse, créée par les organismes vivants, généralement de couleur blanche à translucide, insoluble dans l’eau. Depuis 2 semaines, cette substance est à l’étude au CRIOBE, à Moorea. Clint Oakley, Post-Doctorant de l’université de Victoria – Wellington, en Nouvelle-Zélande et lauréat d’une bourse IRCP, est arrivé au centre de recherche de l’île sœur de Tahiti pour y étudier le mucus des coraux.

Cette couche superficielle qui recouvre la peau de nombreux animaux marins (comme les baleines, les raies pastenagues) ou les parois de notre cloison nasale est une barrière protectrice contre les menaces extérieures. En effet les corps étrangers (virus, bactéries nocives, champignons) se retrouvent coincés dans cette matière visqueuse et rejetés avant même d’avoir pu atteindre l’organisme et le rendre malade.

Le corail produit également son mucus, qui est un élément important de la chaîne alimentaire. Tout d’abord utilisé comme… [pour la suite de l’article cliquez sur l’image ci-contre]

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