IRCP
Institut des Récifs Coralliens du Pacifique
EPHE

Seminaire « Les récifs coralliens et le littoral de demain » – Univ des Antilles

Mercredi 22 Mai 2019 à 8h30, UFR Sciences

Campus de Fouillole – Université des Antilles

Les récifs coralliens fournissent de nombreux services écosystémiques et abritent des niveaux de biodiversité parmi les plus élevés de la planète. Aujourd’hui, ils font face à des risques croissants et seront probablement les premières victimes de l’accélération du changement environnemental, provoquant des extinctions locales et régionales. Le suivi de la biodiversité reste ainsi l’un des défis les plus difficiles rencontrés par les biologistes de la conservation. De nombreuses méthodes allant d’une évaluation rapide à l’inventaire exhaustif de la biodiversité ont été développées pendant des décennies. Cependant, elles ne couvrent souvent qu’une fraction des espèces les plus détectables et sont ponctuelles, ne fournissant que des instantanés. De nombreux animaux émettent des sons lorsqu’ils se déplacent, mangent ou lorsqu’ils communiquent. Ces organismes révèlent donc leur présence grâce à ces signaux acoustiques qui permettent l’identification, le suivi et l’estimation de la biodiversité. A plus large échelle, l’acoustique permet également de suivre l’état de santé des environnements marins. Les suivis basés sur l’acoustique se sont donc développés pour faciliter les méthodes traditionnelles et renforcer les plans de conservation.

Ce séminaire sera l’occasion de retracer l’historique des suivis des récifs coralliens de deux régions de l’Outre-mer : Caraïbes et Polynésie française en présence des experts, et de présenter l’apport de la bioacoustique sous-marine (thématique tout à fait originale et inédite aux Antilles) pour les futurs plans de suivis environnementaux et de conservation non seulement des récifs mais du littoral dans son ensemble.

Cliquer sur l’image du haut pour accéder au détail des interventions

Sensibilisation à la protection du littoral

L’IRCP a 10 ans cette année. Depuis sa première année en 2009, l’une des missions prioritaires de l’IRCP est la formation et la sensibilisation des jeunes à leur environnement. En cette année 2019, l’institut a souhaité orienter ses formations sur le littoral et sa protection.

Intervention au Lycée La Mennais (Tahiti) © IRCP
Remblais sur le littoral
© Madi Moussa

Longtemps resté « territoire du vide », le littoral, jadis non exploité, est devenu, depuis la fin du 19ième siècle, un espace privilégié pour l’implantation urbaine et pour un tourisme qui ne cesse de se développer. Ainsi, le littoral et sa biodiversité associée sont un chantier d’étude unique puisque, sur une mince bande de terre et de mer, de nombreux enjeux environnementaux et économiques se chevauchent. Dans l’Outre-mer français, le littoral est sujet à de nombreuses perturbations anthropiques causant l’érosion des côtes : pratiques agricoles inappropriées, urbanisation des pentes et du littoral, exploitation minière et construction d’infrastructures diverses (routes, aménagements hydrauliques, etc.). Un autre problème majeur provient des remblais le long du littoral pour gagner du terrain sur la mer, construire des aéroports ou des routes qui induisent la destruction totale du récif et de la mangrove. Or, ces aménagements se font malgré la loi Littoral.

Plage de sable blanc. Moorea
© Madi Moussa

‘Dans quel littoral vivrons-nous demain?’ : cette question est particulièrement importante pour la Polynésie française aux vues les défis climatiques auxquels nous devons faire face au XXIème siècle. Hélas, notre connaissance de l’évolution des zones côtières en milieu récifal est limitée, malgré les nombreux enjeux qui nécessitent une approche transversale pour la conservation de la biodiversité face à un développement démographique, économique et touristique de l’Outre-mer français. Il est donc primordial de mieux caractériser ces zones du point de vue de leur biodiversité, de leur fonctionnement et de l’impact que peuvent avoir les différentes actions humaines et le changement climatique.

De plus, il est aussi primordial d’informer et de sensibiliser la population des îles polynésiennes de l’importance de la préservation de cette richesse qu’est le littoral. En effet, seule la prise de conscience par les îliens eux-mêmes de l’importance du littoral en terme de biodiversité et de services écosystémiques permettra une meilleur gestion / conservation du littoral corallien en Polynésie française. Cette prise de conscience passe obligatoirement par un meilleur lien entre recherche et société civile, d’où les diverses formations / séminaires / visites que l’IRCP organise en 2019. Nous avons ainsi sensibiliser, par des séminaires dans leur classe et par une visite du Criobe, les élèves du collège de Pao Pao, du Lycée La Mennais et du Lycée hôtelier de Tahiti.

Utilisation d’un transect pour étudier le fond sous-marin face à une plage
© IRCP

Le poisson coffre en a… du coffre !

La communication acoustique des poissons tient une place très importante au sein des écosystèmes coralliens où différentes espèces de poissons produisent des sons spécifiques au moment de la reproduction, de la ponte ou en cas d’affrontement entre individus. Compte tenu de l’importante population d’espèces capables d’utiliser le canal acoustique, différents scientifiques anglo-saxons surnomment maintenant ce milieu le « choral reef », passant ainsi du récif corallien au « récif chorale » pour souligner la présence de chants à plusieurs voix.

Jeune poisson coffre jaune © Aquarium-Muséum de Liège

Les poissons coffre ne sont pas en reste quand il s’agit de faire du bruit ! Ces poissons vivant dans les eaux chaudes tropicales sont connus pour leurs couleurs vives et surtout leur forme carrée atypique. De vrais coffres ! Leur corps est presque entièrement enveloppé dans une coquille osseuse formée de larges écailles très épaisses, généralement de forme hexagonale et fermement suturées les unes aux autres. Cette forme cubique revêt en plus quelques particularités de carénage favorisant l’équilibre du corps lors des déplacements. Ces caractéristiques auraient d’ailleurs inspiré un célèbre constructeur automobile pour développer une génération de véhicules ayant une meilleure tenue de route.

Mais ce corps est également l’outil vocal de ce poisson ! Une étude scientifique récente1, menée entre autres par des chercheurs de l’Université de Liège en Belgique et de l’IRCP-Criobe en Polynésie française, a mis en évidence pour la première fois la capacité du poisson coffre à produire deux sons simultanément en utilisant un système complexe. Son mécanisme sonore utilise une vessie natatoire (organe qui aide à la flottabilité des poissons) en forme de T sur laquelle viennent s’ancrer deux muscles disposés perpendiculairement l’un à l’autre (les muscles longitudinaux en saumon et les muscles transversaux en vert sur le dessin ci-dessous).

Schéma de l’appareil sonore du poisson coffre, avec en saumon les muscles transversaux extrinsèques et en vert les muscles longitudinaux intrinsèques ©E. Parmentier

Le poisson coffre produit donc deux sons en même temps : des longs trains d’impulsions de faible amplitudes sonores qui font penser à un bourdonnement (« hum ») entrecoupés par des pulsations isolées et éparses (« clic ») mais d’une amplitude 10 à 40 fois supérieures. Les chercheurs font ici l’hypothèse que le poisson contracte une paire de muscles pour produite les « hums » et pourrait simultanément contracter l’autre paire de muscles pour créer le « clic ».

Oscillogrammes représentant les « hums » et « clics »

Vocalises de poissons coffres jaune (Ostracion cubitus) et pintade (Ostracion meleagris). On y distingue le long trais de « hums » ponctué de « clics »

On savait le poisson coffre capable d’émettre trois types de son différents : des « hums » pendant l’accouplement, des « bumps » en cas de compétition entre mâles et des « buzz » pour les autres types de confrontation entre individus (attaque ou fuite par exemple). Cette étude ajoute un nouveau son et démontre la possibilité de combinaison entre les sons qui semble être unique ! Cette complexité de l’outil de communication acoustique, à la fois par sa structure et par le répertoire sonore qu’il peut engendrer, appuie l’hypothèse que ce mode de communication doit avoir une fonction essentielle dans le mode de vie du poisson coffre.

1 Eric Parmentier, Laura Solagna, Frédéric Bertucci, Michael L. Fine, Masanori Nakae, Philippe Compère, Sarah Smeets, Xavier Raick & David Lecchini. Simultaneous production of two kinds of sounds in relation with sonic mechanism in the boxfish Ostracion meleagris and O. cubicus. Scientific Reports (2019) 9:4962

La mangrove de Polynésie française à surveiller

La Fédération des Associations de Protection de l’Environnement (FAPE – Te ora naho) de Polynésie française propose des rendez-vous pour mieux connaître la biodiversité du littoral. Au programme, interventions de spécialistes en matière de botanique et de cartographie par télédétection, présentation du projet mené par la FAPE et bilan de la mission.

RDV Jeudi 25 avril dans l’amphithéâtre du CRIOBE à Moorea.

Au programme

  • 17h : Ouverture de la conférence par Winiki SAGE-Président FAPE
  • 17h10 : Présentation du Réseau National d’Observation des Mangroves par Anne Caillaud – UICN
  • 17h30 : Les zones humides littorales, mangroves et submangroves dans les îles de la Société par Jean-Yves Meyer – REC
  • 17h50 : L’aménagement du rivage de Moorea de 1977 à aujourd’hui et l’expansion des mangroves par Rakamaly Madi Moussa-CRIOBE-EPHE
  • 18h10 : Présentation du projet « Surveillons les mangroves de Polynésie française ensemble ! » par Laëtitia BISARAH- FAPE
  • 18h20 : Télédétection, cartographie des mangroves dans les îles de la Société par Florent Taureau – Université de Nantes
  • 18h40 : Questions & discussions

Alerte Blanchissement corallien!

Un épisode de blanchissement corallien est actuellement observé sur l’île de Moorea, et d’autres îles de la Société (notamment Maupiti). Le corail blanchit lorsqu’il est stressé par les fortes températures associées à de fortes intensités lumineuses. La Polynésie française et notamment les îles de la Société sont sujettes depuis plusieurs semaines à des températures anormalement plus chaudes que les normales de saison. Le corail ne peut supporter ces fortes températures pendant une longue période et au bout d’un certain temps, il expulse les algues qui vivent dans ses tissus et qui lui apportent 95% de son énergie. Il devient affamé sans apport de nourriture. Un corail blanchit n’est pas mort, il est en état de stress, il a de la « fièvre ». Néanmoins, sa survie va dépendre des prochaines semaines : soit la température reste encore anormalement élevée et il pourrait mourir, soit elle redevient normale et là le corail pourrait récupérer sa couleur et ses zooxanthelles.

Acropora blanchi ©Berthe

Un suivi du blanchissement corallien va être coordonnée sur l’île de Moorea par le Dr Laetitia Hédouin et les scientifiques du CRIOBE-IRCP. Mais pour comprendre la réponse des récifs coralliens de l’ensemble de la Polynésie française, il nous est indispensable de pouvoir collecter des données sur de grandes échelles spatiales.

Aujourd’hui, les chercheurs du CRIOBE-IRCP font appel à la population. Nous avons besoin d’informations sur tous les événements de blanchissement dans d’autres îles de la Polynésie française. Devenez des chercheurs citoyens et participer au programme de sciences participatives Un Œil Sur Le Corail pour aider les chercheurs à évaluer l’étendue du phénomène, augmenter le volume de données disponibles sur l’état de santé des coraux afin de mieux comprendre leur évolution face aux changements globaux et ainsi pouvoir être force de proposition dans les programmes de gestions des récifs coralliens.

Des observateurs bénévoles nous ont déjà envoyé des photos de coraux blanchis. Que vous soyez plongeurs, pêcheurs, touristes, si vous observez des coraux blanchis, prenez-les en photos et envoyez-nous vos observations à admin@ircp.pf ou Laetitia.hedouin@criobe.pf

Aidez-nous à évaluer l’état de santé des coraux !

Pour en savoir plus sur ce programme, rendez-vous sur la page http://www.ircp.pf/participez/

Nous remercions déjà toutes les personnes qui nous ont envoyé des informations et nous espérons que vous serez nombreux à nous aider.

La newsletter 2019 disponible!

L’IRCP fête ses 10 ans d’actions en faveur des récifs coralliens cette année 2019! Cette newsletter n°6 est l’occasion de revenir sur les actions menées en 2018, année internationale pour les récifs coralliens.

Cliquer pour accéder à la Newsletter IRCP n°6 – Janvier 2019

Expo à la gare maritime!

L’exposition Récifs coralliens, un enjeu pour l’humanité présente 2 années de travail et quelque 400 heures de plongées dans l’Océan Indien, Le Pacifique, en Mer Rouge et aux Caraïbes. Le photojournaliste et plongeur Alexis Rosenfeld et la journaliste Alexie Valois ont rapporté de leurs reportages en immersion ces paysages sous-marins. Ils offrent une vision panoramique sur les récifs aux proportions gigantesques, sur la profusion et la noblesse des espèces marines. Ils interpellent sur les changements qui s’y opèrent, sur la nécessité pour chacun de nous de connaître et de protéger la vie, même invisible, sous la surface des océans.

L’IRPC et le CRIOBE, en partenariat avec le Port Autonome de Papeete à Tahiti présentent un extrait de cette exposition en salle 1 de la gare maritime. Les usagers de la gare peuvent aller admirer 9 images presque grandeur nature, exposées sous forme de triptyques regroupant chacun : une photo de la beauté des récifs coralliens, une photo des dangers qui les menacent et une photo de l’interaction homme-récif

Pour une expérience plus complète de l’exposition, des QR codes ont été ajoutés aux panneaux, afin de proposer plus de contenu sur les actions menées pour la sauvegarde des récifs coralliens.

Université d’été PSL 2019 : quel littoral demain en France face aux changements climatiques ?

Grâce à un financement de l’Université PSL, une « université d’été » est organisée à Moorea (Polynésie française) sur les récifs coralliens. Cette formation aura lieu du 26 août au 04 septembre 2019 au  CRIOBE.

Thématique : Quel littoral demain en France face aux changements climatiques ?
Exemple du littoral de l’île corallienne de Moorea

D’après l’IUCN, plus de 60% de la population mondiale se situe aujourd’hui à moins de 60 km du littoral. Cet espace côtier correspond à un milieu particulier possédant des propriétés physiques et biologiques spécifiques. Naturel ou artificialisé, le littoral est en constante évolution (érosion et sédimentation). De nombreux risques s’y concentrent en fonction des processus terrestres, marins et atmosphériques, avec des enjeux liés aux ressources du sous-sol, aux ressources primaires biologiques, à l’énergie et au transport, au développement de l’urbanisme, à l’aménagement du territoire et au tourisme, à la préservation du patrimoine naturel et culturel. Depuis les années 60, la planification spatiale du littoral français est étroitement liée aux notions d’analyse et de gestion intégrées. Dans ce contexte, notre formation propose d’appréhender les problématiques socio-écologiques du littoral de Moorea. La formation abordera deux grand thèmes : 1/ Etudier l’aménagement du littoral de Moorea depuis les années 1970 ; avec des approches en anthropologie et géographie et 2/ Etudier l’effet de l’aménagement du littoral sur le recrutement larvaire des poissons ; avec des approches en écologie chimique et physiologie.


En complément de cette formation à Moorea, les participants auront accès à la plateforme d’enseignement à distance sur les récifs coralliens MANEA.


L’inscription à la formation est gratuite. Des bourses de voyage et de logement seront accordées aux étudiants en Master, en thèse et aux post-doctorants. Pour candidater à cette formation sur les récifs coralliens ou avoir plus de détails sur le contenu des cours/TP/TD, contactez le Professeur David Lecchini david.lecchini@ephe.psl.eu avant le 21 avril 2019.

Le Fare Natura prend de la hauteur

La construction du Fare Natura, maison de la nature basée à Moorea en Polynésie française, a commencé en 2018 et se poursuivra tout au long de l’année 2019 pour une ouverture prévue en juin 2020.

Après un démarrage des travaux en août 2018 avec le terrassement et le gros-œuvre, le chantier du Fare Natura est passé à la vitesse supérieure avec l’installation de sa toiture. Depuis 2 semaines, la société NSI met en place la structure métallique qui accueillera la toiture en bardeau de bois.

Petit à petit, pièce métallique après pièce métallique, l’équipe assemble ce mécano géant. La silhouette du Fare Natura se dessine enfin, son allure de coque de bateau retournée prend forme et c’est bientôt au tour de l’allure de l’arbre du voyageur d’apparaître !

En 30 secondes et en images, la mise en place de la charpente du Fare Natura – Février 2019

IYOR2018, une année de sensibilisation fructueuse!

Article rédigé par IFRECOR

« L’IYOR 2018 est désormais terminée. En France et dans ses outre-mer, cette année du corail a été féconde. Plus de 50 actions (conférences, sorties, expositions, etc.) en faveur des récifs coralliens, mangroves et herbiers ont permis d’aller à la rencontre d’un public très varié : principalement les milieux scolaires et le grand public, mais aussi les parlementaires, les élus locaux et les socio-professionnels. Cette célébration internationale a également été l’occasion de favoriser les échanges entre les acteurs impliqués dans la conservation des océans (associations, centres de recherche, organismes publics, etc.) pour ainsi rassembler sous le label IYOR 2018 tous les efforts de sensibilisation, donnant de l’amplitude à un message commun : il est urgent d’agir pour conserver les récifs coralliens, mangroves et herbiers. »

L’IRCP continue ses actions de sensibilisation de protection des récifs coralliens. Suivez l’actu sur www.ircp.pf !

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